Marcher avec les rhinocéros dans le parc national de Chitwan au Népal

« Si un rhinocéros vous charge, courez et cachez-vous derrière un arbre », nous dit Saroj très sérieusement. Ma mère rit doucement et je souris. Nous venions tout juste de poser le pied dans la jungle du parc national de Chitwan après une longue descente en canoë sur la rivière avec notre guide. J’avais très envie de voir un rhinocéros, mais je ne croyais pas une seconde que nous allions en rencontrer un pendant un safari à pied.

Mais Saroj insistait, donc nous avons tous promis que nous courrions nous cacher si un rhinocéros nous attaquait, et Frederik, ma mère, ma sœur, mon beau-frère, mon frère et moi suivîmes Saroj dans la jungle. Le temps était magnifique, il faisait chaud, et nous étions tous très heureux d’être là.

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Cinquante mètres plus loin, je réfléchissais encore à nos chances d’apercevoir un rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) lorsque Saroj nous fit signe de nous arrêter et de nous taire. Il tendit la main vers le sol du sous-bois à notre droite. Au même moment, je pris conscience d’un grondement sourd. Mes yeux mirent quelques secondes à s’habituer à l’ombre, puis je le vis : un rhinocéros, allongé par terre, qui dormait profondément. Je pensai immédiatement à cette scène de Jurassic Park où ils trouvent le tricératops malade. La scène semblait irréelle, et je n’en croyais pas mes yeux : un rhinocéros, si vite, et si près ! Ses oreilles bougeaient, et je suis certaine qu’il savait que nous étions là, mais il ne semblait pas trop dérangé et continua sa sieste.

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C’était notre première rencontre avec un rhinocéros à Chitwan, et c'était magique.

Ravis, nous poursuivîmes notre marche pendant une bonne demi-heure. Nous quittâmes bientôt la forêt pour entrer dans la prairie. Nous nous trouvions alors au milieu d’un sentier, avec de chaque côté deux murs d’herbes à éléphants de cinq mètres de haut. Je suivais toujours Saroj, qui soudainement ramassa une pierre et sembla se tendre un peu. Soudain, il s’arrêta net, son bâton dans une main et la pierre dans l’autre. Nous nous sommes tous arrêtés. Tout était silencieux. Puis nous entendîmes un gros grognement ; Saroj lança sa pierre de toutes ses forces quelque part dans l’herbe et se mit à courir tandis qu’un bruit de fracas surgissait derrière la végétation. C’était gros, c'était rapide, et ça venait droit sur nous. En un instant, toute ma famille se mit à courir à perdre haleine. Saroj nous attendait au bout du sentier, un sourire aux lèvres. Un rhinocéros nous avait chargés depuis les hautes herbes, mais s’était arrêté juste à temps.

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C’était notre deuxième rencontre avec un rhinocéros à Chitwan, et elle nous avait donné une sacrée frayeur.

Midi. Le soleil tapait fort tandis que nous marchions sur la piste au milieu de la savane. Nous fûmes soulagés de trouver refuge dans une tour d’observation pour déjeuner, à l'ombre. Du sommet de la tour, nous avions une très belle vue sur une prairie d’un côté de la route, et sur un marais de l’autre. Nous savourions notre pique-nique lorsqu’un mouvement attira notre attention dans le fossé en contrebas. Guillaume, mon frère, s’exclama : notre troisième rhinocéros de la journée avançait tranquillement dans l’eau. Les rhinocéros indiens sont d’excellents nageurs et on les trouve souvent dans les mares et les fossés, en train de se baigner. Nous l’observâmes longtemps après avoir fini de manger, et ce fut une pause déjeuner délicieuse.

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C’était notre troisième rencontre avec un rhinocéros à Chitwan, et elle fut paisible.

Coucher du soleil. Nous avions marché toute l’après-midi sous la chaleur de la jungle. Nous avions cherché des tigres, sans succès. Vint alors la longue marche de retour vers le canoë qui devait nous ramener à l’hôtel. Épuisés, nous pressions cependant le pas pour éviter de nous retrouver dans le parc après le coucher du soleil, ce qui peut être dangereux. Saroj nous fit soudain signe de nous arrêter. Dix mètres plus loin, sur la piste, un rhinocéros avait émergé de l’herbe. Les rhinocéros indiens ont l'habitude de venir se soulager aux mêmes endroits, où se trouvent des monticules de leurs excréments. C'était exactement ce que celui-ci cherchait à faire et nous regardâmes le rhinocéros traverser la route, ajouter quelques crottes à un énorme tas, puis repartir très lentement d’où il venait. Nous n’en revenions pas de notre chance d’être si proches d’un rhinocéros et d’observer ce comportement si particulier. Nous attendîmes patiemment qu’il soit suffisamment éloigné, puis reprîmes notre chemin dans l’obscurité.

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C’était notre quatrième et dernière rencontre avec un rhinocéros lors de notre safari à pied, et ce fut assez cocasse.

Durant les trois jours suivants, nous explorâmes le parc en jeep. L’avantage de la jeep est qu’elle permet de parcourir de bien plus longues distances qu’à pied, et donc d’avoir davantage de chances de voir des rhinocéros et d’autres animaux comme les tigres (même si, malgré tous nos efforts, nous n’en avons pas vu). De plus, on est plus en sécurité dans un véhicule que sur les sentiers. En revanche, se déplacer en jeep est assez bruyant, et les rhinocéros que nous observions étaient le plus souvent loin du véhicule, cherchant à s’en éloigner. Nous avons néanmoins eu la chance d’apercevoir une mère et son adorable petit, ainsi que quelques autres rhinocéros ici et là. Chaque rencontre était évidemment formidable, mais celles vécues depuis la voiture ne pouvaient se comparer à ce que nous avions ressenti en marchant à proximité d’un rhinocéros de deux tonnes sur son propre territoire.

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Nous avons visité Chitwan en novembre, qui est la meilleure période pour randonner au Népal et admirer l’Himalaya sous un ciel clair et ensoleillé. En revanche, ce n’est pas la meilleure saison pour l’observation de la faune. À Chitwan, il faisait très chaud et humide, et l’herbe était haute partout, ce qui rendait l’observation des animaux plus difficile. Petit conseil : si vous souhaitez visiter Chitwan et voir de nombreux rhinocéros, tigres, ours ou autres animaux sauvages, il est préférable de s’y rendre entre mars et avril, lorsque l’herbe a été brûlée et que la vue sur les prairies est dégagée.

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Souhaitez-vous, vous aussi, visiter le parc national de Chitwan avec un guide formidable et passionné par la faune sauvage ? Contactez Saroj Khanal (https://www.facebook.com/saroi.khanal). Autre conseil : il est moins cher de s’organiser directement avec lui que de passer par l’hôtel où vous séjournerez, alors n'hésitez pas à lui envoyer un message dès votre arrivée.

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